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BÉSAME MUCHO Sébastien Pérez

Il n'est pas courant d'entrer dans les coulisses de la création d'un clown. D'abord plusieurs incompréhensions perdurent qu'il est nécessaire de lever. Cette appellation de clown renvoie à des images traditionnelles de ceux qui distraient par des sketches comiques l'entre deux des numéros des artistes circassiens, le temps de préparer la piste pour le prochain vrai numéro. Ainsi, il s'agit d'amuseurs publics dont l'humour burlesque peut être assimilé au manche de rateau qui assomme celui qui marche sur l'outil avec ses chaussures démesurées ou à l'arroseur arrosé qui fait rire tous les enfants avec son nez rouge et son petit chapeau. Dans le meilleur des cas, il s'agissait du génial Charlie Chaplin. Mais ici, il s'agit d'un autre type de clown issu de la personnalité du comédien et dont on peut dire qu'il en trahit des traits cachés tant les deux sont intimement liés. C'est d'ailleurs ce qui a attisé ma curiosité en découvrant le texte de Sébastien Pérez.
Je dois dire que j'ai d'abord vu le spectacle, et même revu. Et la lecture du soliloque de Panoli, enrichi des didascalies, m'a permis de me remémorer comment je m'étais laissé prendre par l'émotion pour passer, en une heure, du rire à l'étonnement, à la tristesse, aux larmes à peine retenues. Certes, le jeu de scène a permis au texte de vivre et de me séduire, certes je suis une éponge quand je me laisse mener dans un spectacle, un film ou un livre, mais quand même, il y a là autre chose qu'une simple interprétation d'un comédien. C'est ce que l'entretien, qui suit judicieusement le texte de l'auteur, cherche à découvrir en le poussant à parler de lui. Et à ne parler que de lui, parce que la création engage sa personne de façon secrète, dans une durée qu'il ne maîtrise pas, avec des moments plus ou moins difficiles. Il ne s'agit pas dans cet ouvrage, de théoriser avec un discours savant et distant sur le métier, mais de dire quelles en sont les hésitations et les joies, quels en sont les risques et les dépassements.
Une fois qu'on a compris en quoi le clown n'est pas un comédien comme un acteur qui reproduit un personnage interprétant une pièce de théâtre écrite par un autre auteur, qu'il entretient un rapport particulier au présent et au public, puisqu'il interagit avec, on découvre que la création repose sur une mise en situation de l'authenticité de celui qui s'y risque. C'est ce que Sébastien partage avec le lecteur en expliquant le processus de l'écriture clownesque, non pas avec un propos enrubanné de jargon culturellement correct, mais avec une sincérité humaine. C'est à dire sans chercher à plaire, mais à sa façon, avec l'attention du pédagogue qui forme de jeunes clowns à la découverte de leur propre clown.
Disons le, ce livre essaie de saisir l'insaisissable, car la création des solos de clown est éphémère et n'est pas un produit formaté qui s'achète, mais résulte d'un apprentissage qui coûte de soi. Quand on referme Besame mucho on croit que Panoli n'est pas qu'un personnage et on rebaptise Sébastien de ce nom, de la même façon qu'après le spectacle, et bien longtemps après, on fredonne cette chanson.

Jean-Luc

 

 



 
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